Oui : Internet est une chance pour l’orthographe.

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Quelques minutes après la fin du monde…

Le constat est unanime : le niveau de la grammaire française est en constante dégradation. En 2008, il était à son plus bas niveau depuis 50 ans. Sur les bancs des accusés, nous retrouvons deux présumés coupables : Internet et les SMS. Pour Internet, je veux plaider l’innocence ; au contraire, Internet contribue même à une meilleure orthographe. Pour les SMS, la réduction de peine : ils ne sont pas les vrais coupables.

Dans la seconde moitié du XIXème siècle naît le véritable cerveau de ce crime : le téléphone. Au fur et à mesure de son arrivée, un grand nombre des correspondances n’est plus transmis par écrit mais par oral. Et c’est lors de son “âge d’or”, dans les années 1960-1970, que les premiers fléchissements du niveau général de grammaire française sont enregistrés. Quel fantastique outil le téléphone! La conservation est instantanée, il n’est plus la peine de coucher ses idées sur le papier, la transcription orale suffit. Le venin est installé dans l’encre de nos plumes. Et quand, dans les années 2000, apparaît la conversation instantanée par SMS, la dernière heure de l’orthographe semble sonnée.

MER IL ET FOU

Un des nombreux détournements inspirés par l’enchaînement de fautes d’orthographe d’un jeune de 11 ans (MER IL FOU) lors d’une question posée sur un forum de jeux vidéos.

L’arrivée fatale des SMS

Les faits sont simples avec les téléphones mobiles, les SMS apparaissent. Ces messages écrits d’une longueur maximale de 160 caractères viennent s’insérer dans nos échanges quotidiens. Or, l’écrit a perdu de sa superbe et l’essentiel de nos conversations à distance se fait de vive voix. Leur faible coût démocratise leur usage. Et l’on rédige des SMS sans se soucier (et bien souvent connaître) des règles grammaticales et de la bonne orthographe. Sans oublier que la contrainte de longueur incite à utiliser des abréviations. Ce retour de l’écrit a pris un grand nombre de personnes au dépourvu si bien que de nouvelles règles ont été créées : celles du “langage” SMS.

Les plus jeunes envoient leurs premiers SMS avant d’apprendre les conjugaisons et la première “grammaire” maîtrisée est celle du langage SMS. Cette catastrophe est au grand à jour lorsque cette génération commence à communiquer par Internet via des skyblogs ou des forums. Notre grammaire est déjà morte mais le web n’y est pour rien.

Internet & les réseaux sociaux : l’écrit contre-attaque.

Internet vient, au contraire, donner une chance à l’écrit qui a pris une nouvelle importance grâce à de nombreux supports : emails, blogs, forums, commentaires, réseaux sociaux… L’écriture électronique a particulièrement decomplexé ce mode de communication. Et avec ce plus grand volume d’échanges viennent une meilleure aisance à l’écrit mais également une plus grande maîtrise de la langue, tout particulièrement chez les plus jeunes, d’après Jonathan Douglas, directeur du Fond National pour l’Éducation Britannique.

Sur Internet comme sur le papier, la grammaire est un composante des différents messages, statuts, liens postés et envoyés. Sur ces plateformes où chacun scrute sa propre image, une évidence apparaît : « si je repère les énormes fautes de mes amis, ils repèrent les miennes ». Contrairement à une lettre qui part et n’est plus visible, à un cours qui est destiné à un usage personnel, un message sur les réseaux sociaux est fait pour être vu et commenté par d’autres. Une fois posté, il est lu et relu par son propre auteur. Si une faute est commise, elle reste, elle s’incruste dans le message. Certaines fautes sont régulièrement la risée d’Internet : « Mer il et fou », « l’affichage d’opignons »… L’image personnelle dépend aussi de l’orthographe et l’une des conséquences est simple : Facebook améliore le niveau d’orthographe.

Quelques sources :

L’usage du web améliore la maitrise de l’écrit chez les enfants sur Read Write Web

Une étude sur les jeunes face à l’écrit par le Fond National pour l’Éducation (GB)
EDUCNET, enseigner le français par les blogs

Le rapport de l’université de Beckley sur les jeunes et Internet

5 réflexions au sujet de « Oui : Internet est une chance pour l’orthographe. »

  1. Pour info mon petit frère était très mauvais en orthographe. Du coup il n’osait pas trop écrire.

    Ensuite sur Internet il s’est rendu compte qu’il pouvait s’exprimer et qu’on ne lui en voudrait pas (de trop) s’il faisait des fautes.

    À force de pratiquer, il s’est amélioré et est aujourd’hui très respectueux des règles d’orthographe. Cela l’aide beaucoup pour la rédaction de cv, rapports de stage et autres lettres de motivation (il passe actuellement son bac).

    Dans un cas comme celui là on ne peut que remercier Internet d’exister !

  2. Non, la baisse du temps d’enseignement (de la grammaire et de l’orthographe) est une conséquence de la volonté pédagogique de faire des têtes bien faites plutôt que des têtes bien pleines. Volonté qui culmine dans les années 1970-1980 avec des victoires très claires dans la diversification des matières et la teneur des programmes. (Je dis ça sans jugement positif ou négatif, c’est juste un constat à faire.)

    On est passé d’une culture pédagogique où la maitrise de l’écrit était une condition indispensable à toute réussite scolaire (les professeurs retiraient des points sur les compositions d’Histoire ou de Mathématiques pour les fautes d’orthographe, et il était impossible d’avoir la moyenne passé un certain nombre de fautes) à une culture pédagogique où la maitrise de la forme écrite est une compétence scolaire parmi d’autres, travaillée uniquement dans une matière (le Français), et encore, seulement lors de certaines activités.

    Le téléphone et l’Internet, là-dedans, ce sont au mieux des variables d’ajustement. :)

  3. Il est effectivement indispensable

    Je pense cependant que la baisse du temps d’enseignement est une conséquence du retour de la tradition orale. Mais c’est une donnée que je n’avais effectivement pas prise en compte.

  4. Je doute que le téléphone ou la télévision soient à blâmer dans la baisse du niveau d’orthographe et de grammaire depuis les années 1950. Il y a un suspect beaucoup plus convaincant: la baisse du temps de classe consacré à la maitrise technique du langage (orthographe et grammaire), au profit d’autres matières y compris dans les cours de langue française. En gros, on a supprimé des heures de rabâchage du français pour placer des heures de langue vivante, d’histoire et géographie, d’art, de sciences et vie de la Terre, etc.

    Le pic de maitrise de l’orthographe chez les scolarisés date du début du 20e siècle, où le rabâchage était à son comble. On a commencé à le diminuer dès le début du 20e, et la maitrise de l’orthographe a diminué à partir de là chez les scolarisés… tout en montant jusque dans les années 1950 dans la population globale grâce à la montée de la scolarisation (au début du siècle tous les enfants n’étaient pas scolarisées, ou alors que jusqu’en primaire, et l’industrialisation et l’exode rural en France c’est pour beaucoup les années 1950).

    L’écriture de la langue française a un certain niveau de complexité. Certaines langues sont «pires» (c’est à dire qu’elles demandent plus de temps de classe, à l’instar du japonais et de ses 2000 kanji), d’autres sont plus simples. Pour améliorer le niveau de maitrise et diminuer les inégalités sociales en la matière, nous avons deux solutions:
    1. Augmenter fortement le temps de classe consacré à ce sujet, au détriment d’autres matières ou activités.
    2. Réformer l’orthographe pour la simplifier (si on regarde l’histoire des réformes de l’orthographe française, on aura bientôt un siècle de retard sur une réforme périodique).

    Pour ma part je suis favorable à une réforme ambitieuse (peut-être combinée à une petite dose de temps de classe supplémentaire), mais à mon avis on va vers un status quo complet en la matière. Il y a trop d’affects sur la question de la réforme de l’orthographe, et ceux qui pourraient en décider sont justement ceux qui ont intérêt au status quo donc c’est très mal barré.

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