Qui veut la peau des réseaux sociaux ?

« Facebook ne durera pas », « Ce n’est pas une blague, MSN messenger va devenir payant », « Twitter ne sera jamais rentable »… Que ce soit dans de sérieux articles de presse, divers billets de blogs et même dans des « chaines”, il ne se passe pas une semaine sans que la fin de Facebook ne soit prophétisée.

La base même des réseaux sociaux invite à annoncer leur fin : les contenus des moteurs de recherche sont générés par des algorithmes, les sites éditoriaux ou institutionnels sont gérés par des gens rémunérés dans ce but. Mais les réseaux sociaux ne sont à la base que des coquilles vides uniquement remplies par les données de leurs utilisateurs. Quand ces sites s’appellent Viadeo ou LinkedIn et que leurs membres sont des professionnels, leur image de sérieux leur évite une avalanche d’articles annonçant l’inexorable apocalypse. En revanche, lorsque ces réseaux sociaux ont pour cible le grand public, les annonces macabres arrivent de toutes parts…

Des palais sur des sables mouvants

Sans données ajoutées par ses membres, un réseau social n’offre aucun contenu à ses visiteurs. Sa pérennité économique dépend donc directement des membres inscrits (abonnements), du temps qu’ils passent sur le site (publicité) et de l’ensemble des informations qu’ils échangent (publicité). Plus les inscrits et les flux d’information échangés sont nombreux, plus le site à de chances d’être rentable. Or les propriétaires d’un réseau social ne sont pas propriétaires de ses utilisateurs : ces derniers sont libres d’abandonner le service quand ils l’entendent. Il est tout à fait imaginable qu’un site possédant des millions de membres se retrouve un matin avec une gueule de bois, plus qu’une centaine d’inscrits et des espaces disques aussi vides que le Sahara. D’un point de vue économique, les réseaux sociaux sont des palais bâtis sur des sables mouvants. Il n’est pas étonnant de voir des vautours tourner autour…

Le vertige est humain

En plus de reposer sur les contenus fournis par le grand public, la nature de ces informations en elle-même inquiète : un site où les membres partagent, selon leurs usages, un horoscope, des jeux avec des petits tracteurs et des photos à la plage peut-il être réellement sérieux ? Il est impossible pour un observateur de trouver un intérêt dans l’ensemble des échanges. Ces derniers ne sont généralement pertinents que dans un contexte d’échange de personne à personne ou de groupe à groupe. Cette impossibilité d’appréhender l’ensemble des usages entraine une impression de vertige et d’instabilité pour l’expert. Et ce n’est pas la tête du service qui tourne.

Jouer avec la peur

Pour une partie du grand public, certains réseaux sociaux, de Facebook à Windows Live (l’ancien MSN) Messenger, sont des supports quasi-exclusifs de partage des discussions, des jeux et d’autres contenus personnels avec son entourage. Un attachement émotionnel à la plateforme se crée lors de la mise en ligne de ces éléments : le service porte une partie de soi-même. La peur d’une rupture de ces services est assimilable, dans une moindre mesure, à la crainte d’un accident empêchant une personne de communiquer avec ses amis. C’est en jouant sur cette phobie, la crédulité de certains membres et une méconnaissance des modèles économiques de ces sites que les différentes chaînes e-mails ou “murales” annonçant une mort prochaine de ces plateformes réussissent leur propagation. Et pendant ce temps, les hyènes rigolent…

Le plus grand défi des réseaux sociaux

Oui, les réseaux sociaux meurent. De la même manière que l’ensemble de sites Internet : si Caramail est mort, Lycos, le géant de la recherche, l’est aussi. La plupart du temps, soit ces services n’ont jamais réellement vécu faute de membres sur le long terme ; soit ils n’ont pas su évoluer et s’adapter aux nouveaux usages de leurs utilisateurs. Mais à moins d’un scandale ou d’un changement brutal et global dans le fonctionnement de leurs services, je ne vois pas Facebook, Twitter ou même Windows Live (qui pourtant est en baisse) fermer demain, ni même dans les prochaines années… Et lorsque ces services fermeront, le changement ne sera pas du à une nouvelle tendance mais à un véritable changement. Le plus grand défi des réseaux sociaux est sans doute là : se remettre en question et observer ses utilisateurs et l’ensemble des internautes et innover pour mieux servir leurs usages et leurs besoins. Cette dynamique doit s’inscrire dans une véritable politique de recherche et développement où les évolutions peuvent aussi bien être des corrections que de véritables innovations. Facebook l’a bien compris en ouvrant, la semaine dernière, une fonctionnalité permettant aux professionnels de s’adapter en transformant en page des profils “personnels” déjà existants, tout en lançant en parallèle un service innovant de questions/réponses. Le géant MySpace est en pleine décrépitude et cherche désespérément un repreneur payant ainsi un manque d’écoute, d’innovations et une erreur fondamentale : avoir oublié que la base d’un réseau social, c’est l’humain.

Merci à A. Durandet, G. Garcia, K. Legrand et G. Pasturel pour leurs conseils sur cet article.

3 réflexions au sujet de « Qui veut la peau des réseaux sociaux ? »

  1. @olivier : Je reprends mes propos : « Mais à moins d’un scandale ou d’un changement brutal et global dans le fonctionnement de leurs services, je ne vois pas Facebook, Twitter ou même Windows Live (qui pourtant est en baisse) fermer demain, ni même dans les prochaines années… » Je pense que c’est assez clair.

    Ceci dit, nul groupe, aussi valorisé soit-il, n’est à l’abri d’une chute plus ou moins rapide : on l’a constaté avec Texaco, General Motors et bien d’autres. Je suis d’accord avec @jean, lorsque la bulle internet a éclaté, c’est bien souvent parce que les investisseurs se sont rués sur le web sans prendre nécessairement le temps d’étudier les services proposés. Les réseaux sociaux, seraient-ils dans une bulle ?

  2. Je ne suis pas forcemement d’accord. Quand les investisseurs se sont lances à corps perdu dans la bulle internet, avaient-ils plus de garantis ? La valeur boursière n’est pas synonyme de pérennité.

  3. Analyse beaucoup trop rapide à mon goût. Pensez-vous qu’une institution investirait 1,5 milliards de $ à Facebook sur la base du fait que ce réseau va disparaitre ? C’est ce qui c’est passé en janvier dernier. A ce titre Facebook est valorisé à 50 milliards de $ et est très loin de disparaitre.

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