Les réseaux sociaux, ce n’est pas que du web !

Facebook n’est pas un réseau social.

Tout au long de notre vie, nous faisons des rencontres, nous tissons des liens. On estime que depuis notre naissance jusqu’à la fin de notre vie, nous obtenons entre 8 000 et 10 000 contacts. Parfois même plus lorsque notre métier demande un travail de représentation et de lien social. En simplifiant, une personne fait partie de nos contacts si nous sommes capables de la reconnaître dans une liste de noms, dans un annuaire par exemple.

Relation

Certains de vos contacts sont-ils dans cette liste ?

Parmi l’ensemble de ces contacts, nous sommes en relation avec un certain nombre d’entre eux. “Une relation est la forme la plus simple entre deux personnes” G. Simmel, 1903. En écrivant sur un morceau de papier, et sans aucune aide, l’ensemble des personnes avec lesquels nous pensons être en relation, nous obtenons un élément appelé l’atome social (Moreno, 1938). Au cours de de notre vie, des relations se créent et se défont : notre meilleur ami du collège est-il toujours une relation ou est-il redevenu un contact ? Une relation demande un échange régulier d’informations : ce peut être une carte de vœux, un coup de téléphone ou même une dispute. Pour qu’une relation existe, il faut également qu’elle soit sysmétrique : si je cite une personne, il faut qu’elle me cite également dans sa propre liste. Il est intéressant de voir que nous retrouvons ce critère de symétrie de la relation humaine dans la mise en contact de deux « Amis » sur Facebook. En recherchant un peu plus, le parallèle entre les théories et ce site ne s’arrête pas là : le nombre moyen d’amis est de 130. Or l’anthropoloque Robin Dunbar estime que le cerveau humain ne peut gérer plus de 148 relations stables.

Cependant, Facebook n’est toujours pas un réseau social.

Le réseau social

Des personnes & des relations : un réseau social

La première définition du réseau social date de 1954. C’est un sociologue anglais, John A. Barnes, qui a rapporté cette théorie de son voyage sur une petite île norvégienne : Parish. En étudiant les différentes relations humaines, il s’est aperçu que chaque personne dispose de son propre réseau social. Celui-ci est composé de l’ensemble des relations qu’elle entretient, ainsi que des relations que ces personnes ont tissées entre elles (cf. schéma). Il est difficile pour une personne d’avoir une idée précise de son propre réseau social, puisqu’elle ne peut avoir conscience de l’ensemble des liens présents. Il est intéressant de constater que les médias sociaux proposés sur Internet nous permettent de prendre conscience de notre propre réseau. Ils permettent d’afficher, par exemple, les amis communs avec une personne donnée et leurs différents échanges d’informations.

Au final, qu’est-ce qu’est Facebook ?

Facebook est un outil au service de notre réseau social : il permet à chaque personne d’échanger des informations (humeurs, articles, musiques, vidéos, liens…) et ainsi d’entretenir une relation avec l’ensemble des personnes composant son réseau social. Son succès peut ainsi s’expliquer par la réponse à un besoin humain : celui de communiquer simplement et simultanément avec l’ensemble de ses relations. Aujourd’hui, on ne s’inscrit plus sur ce site pour être « sur Facebook », mais pour être « en relation » avec ses amis, sa famille ou ses collègues. Et la réussite de cet outil pourra être considérée comme totale lorsque tout utilisateur pourra communiquer, via ce site, avec l’ensemble des personnes composant son réseau social.

Oui mais il faut toujours tourner ses pouces sept fois avant de poster !

Oui, mais… Je ne vais pas montrer les photos de mes soirées étudiantes à ma grand-mère. Et encore moins celle de mon enterrement de vie de garçon !

Cercles Affinitaires

On ne peut utiliser le même ton avec l’ensemble des personnes qui composent notre réseau social. Il faut donc faire attention à ce que l’on dit, et à qui on le dit. Pour nous aider dans cette tâche, il est possible de définir nos différents « cercles affinitaires » : chaque relation appartient à un ou plusieurs groupes dans lesquels il est possible de partager les mêmes informations. Et ainsi, en configurant correctement mon compte sur Facebook en utilisant les « listes d’amis », je peux partager tranquillement mes photos de vacances à la plage avec mes amis proches sans que l’ensemble de mes collègues puissent avoir accès directement aux photos de ma femme au bord de la mer. Afin de pouvoir m’adresser correctement à mon réseau social, sur un média social.

Pour aller plus loin : Sociologie des réseaux sociaux, Pierre MERCKLÉ, Ed. La découverte.

Pour aller encore plus loin : Les réseaux sociaux Alain DEGENNE, Michel FORSÉ, Collection : U, Ed. Armand Colin. .

Merci à Anne-Laure Cadoux, Miriam Chevallereau, Agnès H. & Christophe Ramel pour leur aide à la rédaction et à la correction de cet article.

5 réflexions au sujet de « Les réseaux sociaux, ce n’est pas que du web ! »

  1. Excellent article qui présente bien la réelle complexité dans le concept des réseaux sociaux matérialisés par les fameux Facebook, Google+, Twitter…

    Je suis d’accord -Comme un peu tout le monde je pense- avec le concept de cercles d’affinités, toutefois, je pense que malgré le move de Google avec son Google Circles, il sera difficile d’intégrer cette fonction dans la tête des gens. Pourquoi ?

    Tout simplement parce qu’on n’a pas envie de réfléchir et se prendre la tête avec : « Bon ce message va intéresser : Cercle 1, Cercle 2, Cercle 4. Ok, je les sélectionne et hop je poste ! »
    ça consomme trop de réflexion et d’effort de sélection. Dans la vie de tous les jours, ont choisi spontanément de parler ou non d’un sujet avec quelqu’un.

    Je pense que la réussite du concept de Circles viendra avec la serendipité (automatisée bien sûr).

  2. Cet article était sacrément précurseur :)

    Le concept de cercles d’affinités n’a jamais été aussi concret qu’aujourd’hui !!! Bravo Sébastien :)

  3. Bonjour Sébastien.
    Bravo pour ce billet et merci de mettre en forme ce que je ressentais sans pour autant savoir le définir. J’ai un compte Facebook mais je ne l’utilise pas ou,presque pas ; je ne l’alimente pas et ne cherche pas à m’y intéresser. Je ne suis pas à l’aise sur Facebook, mais je ne savais pas pourquoi. Maintenant, je comprends : je ne sais sur quel ton m’exprimer sur ce site parce que je l’adapte dans la vie (la vraie) à chaque personne que je côtoie. Je ne suis jamais le même alors, communiquer avec autant de monde d’un coup et me révéler à tous de la même façon, ben… je ne sais pas faire.
    Merci Sébastien – j’attends la suite. J’ai encore beaucoup à découvrir… sur moi !

    Philippe

  4. Salut Rudy,

    Je traite de manière assez légère les cercles affinitaires dans cet article ainsi que le liste d’amis pour pouvoir y consacrer un vrai long billet au mois de juillet. Tes deux remarques sont tout à fait pertinentes. On a l’impression que Facebook fait presque tout pour cacher cet outil magique (et ses limites), des fonctionnalités apparaissent petit à petit, mais rien de bien révolutionnaire. Alors qu’à mon avis, c’est l’un des plus grands défis de Facebook : s’ils veulent (encore) se développer, il leur faut être encore plus avec les besoins des utilisateurs et de mettre cette fonction en valeur.

    Sébastien

  5. Malheureusement, deux freins à ce parallèle virtuel entre groupes avec lesquels on est en différence de tons et listes Facebook :
    * les limites sont extrêmement floues et meubles ; un outil informatique sans apprentissage automatique ne permettra jamais de rendre cet aspect « organique » des cercles de relations. Notamment, je peux avoir un certain ton avec mon pote Francis, un autre avec ma grande-tante Françoise, mais la situation où mon Francis + ma Françoise + moi-même se retrouvent dans la même pièce n’est pas strictement impossible. Auquel cas, mon ton s’adapte naturellement entre les deux vers un nouveau ton. Que faire ? Un groupe des « gens qui étaient présents dans la pièce ce jour-là » ? Hmmm…
    * tout simplement, l’outil de listes de Facebook est casse-couilles à utiliser, et n’est pas du tout placé comme outil central sur la plateforme Facebook ; sans doute parce que le but de l’éditeur n’est pas de mettre en avant les outils de la plateforme qui reproduisent le mieux la réalité, mais de maximiser le nombre et la portée des échanges. Jusqu’à un repositionnement de la fonctionnalité, on peut la considérer trop anecdotique par rapport à l’essentielle notion de « cercles d’amis » dans la vie réelle (et c’est bien dommage)

    A ces deux mini-bémols près, c’est un bien brillant parallèle (et un excellent billet) !! :)

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